Valentin est un drôle d’enfant.
Il est né d’une manière étrange : sa mère un jour a dit « Avec celui-là, nous allons avoir des problèmes ».
Valentin a grandi dans un fauteuil, les pieds pris dans le sol, comme dans le ciment. Incapable de bouger.
Mais Valentin a beaucoup voyagé dans ce fauteuil, il a visité le monde, le monde entier, sur les ailes du temps. Les gens venaient à sa rencontre, touchaient sa peau et il savait. Juste ça et il savait leur histoire et celle de leurs proches, et des proches de leurs proches, comme une musique qui coulerait en lui.
Valentin est resté petit, de taille mais pas de cœur.
Et puis il y avait la peur : de la mer, des livres, des choses trop grandes et trop belles, des mirages de la mer qui se fait douce et attirante pour mieux vous avaler, des livres qui vous enjôlent de leurs mots trop bien dits de sorciers et vous emmènent dans des endroits comme des mensonges, parce qu’ils vous y abandonnent tout seul et trop nu.
Un jour, Valentin en a lu un, de livre. Il a failli l’offrir à son père, pour Noël, pour lui dire. Et puis finalement, il ne l’a pas fait. L’histoire d’un homme, un grand rêveur héroïque, qui raconte le monde, le monde entier, depuis son petit bout de terre, sans bouger.
Comme pour lui dire, à son père, que si Don Quichotte existe, lui aussi, Valentin, dans son fauteuil, les pieds pris dans le sol, lui et ses problèmes, ceux qui se créent autour de lui comme des tornades, des ouragans dont il est le centre, calme et immobile. Et bien, lui, il existe. Il a le cœur trop plein, d’histoires, de choses, de gens : si plein qu’il ne peut pas bouger, quitter cet endroit, comme une prison sans mur, une prison de peur et d’amour.
Une étrange prison que parfois il appelle « Maman ».

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