Dimanche 11 juin 2006

Madame Etty Hillesum, toi qui est morte il y a plus de 60 ans désormais, je te remercie d'avoir été ce que tu es, d'avoir écrit presque chaque jour de ces trois années (1941-1943), car tu es pour moi comme une amie. J'aurais aimé te parler, et puisque la vie et le temps sont ainsi faits, que certaines rencontres n'ont pas de possible, je te parle avec le coeur. Je sais qu'en lisant le dernier des mots de tes cahiers quadrillés, une petite bouffée de nostalgie serrera mon coeur comme lorsqu'on quitte un ami en sachant qu'on ne le reverra pas. Quelque chose m'a poussée vers tes mots et j'en suis heureuse, une sorte d'instinct, celui qui nous fait pressentir une communion de l'âme. Je ne sais où tu es, pourtant je laisse mes pensées aller vers toi.

par Fany publié dans : sous leurs plumes
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Jeudi 8 juin 2006

La photo numérique modifie le regard du photographe. Peut-être pas vraiment son regard, mais quelque chose qui a à voir avec sa patience.
En argentique, parfois, on voyait la photo mais le pressentiment de son imperfection retenait de déclencher. Le bon moment, la magie avait été proche, mais l'impossible fait partie de l'ordre du monde.

Etre photographe, c'est apprendre à esthétiser sa subjectivité, celle de l'oeil pour le moins. Une certaine façon de poser les yeux sur les choses.
Avec le numérique, une certaine patience se dissout. On déclenche, puis on trie. On verra bien après.

C'est une autre recherche, en tout cas, pas la mienne. Je ne cadre plus avec l'oeil mais avec le corps et tout cela devient une recherche de la juste manière d'être. Etre avec et au monde.
L'objectif reprend son rôle de pur témoin mécanique. Je suis un sujet comme le reste.
L'autoportrait est une thématique à tiroirs

par Fany publié dans : ellipsophile
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Mardi 6 juin 2006

Cogul est un jeune Swani. Est venu pour lui le temps de l’initiation tant redoutée. Ce soir, les anciens ont mêlé à son dîner des feuilles de sommeil profond dont le goût un peu âpre a laissé sa bouche pâteuse et sa langue trop lourde pour parler à la veillée, à la lueur du feu, avec les autres membres du groupe. Lové dans son hamac, il attend le sommeil dans une torpeur mêlée d’inquiétude. 

Il sait que demain, il s’éveillera suspendu aux branches de l’arbre aux mille questions, perdu seul au milieu de la grande forêt, pour un temps inconnu. Personne ne sait comment le Vieux, le plus âgé du village, connaît le moment de décrocher les initiés, juste à l’instant où ils sont prêts à revenir adultes au groupe qu’ils ont laissé enfant, quelques jours, parfois quelques semaines plus tôt. 

Cette nuit, ils viendront le prendre dans son sommeil et l’installeront pour le grand voyage. 

Une violente lueur jaune éblouit ses pupilles. Le soleil darde ses rayons sur son visage. La nuit est passée. Cogul cherche à percevoir, ressentir l’espace autour de lui. Tel une chrysalide, il est ligoté, confortablement mais sans possibilité de se mouvoir, à une large branche. Collé serré contre l’écorce, il ne sait plus si les pulsations qu’il ressent sont celles de son cœur ou de la sève sous la peau de l’arbre. Bras et jambes enroulés autour de la branche, ils ne font plus qu’un. 

Seule sa tête reste mobile, assez du moins pour découvrir que l’arbre aux mille questions est comme un monde, une bulle de feuillage autour de lui. Soleil et vent jouent avec les feuilles et révèlent sur l’écorce, sur toutes les branches, sur le tronc, des phrases fugitives qui semblent miroiter dans les rayons. L’écorce est comme une feuille de parchemin sur laquelle l’arbre lui-même, année après année, aurait inscrit ses pensées, ses interrogations et il les pose maintenant à l’être lové contre lui. « Pourquoi es-tu là ? Que cherches-tu ? Qu’est ce que le temps qui passe ? Comment fais-tu pour voyager, vivre, enfermé dans ce corps si fragile, sans même pouvoir bouger ? A quoi servent tes yeux si tu ne regardes pas ? Que désires-tu ? Pourquoi ? » 

L’arbre ne donne aucune réponse. Cogul a beau chercher, déchiffrer phrase après phrase, que des questions. Des fragments de réponses  fusent de son propre esprit, mais il lui faut se concentrer intensément pour arriver à les retenir, à en démêler le nœud, la trame, pour découvrir leur essence, suivre chaque fil jusqu’à sa racine. Un chemin intérieur presque aussi tortueux que celui de la substance vivante de l’arbre, pareille au sang qui parcourt ses veines, fait battre son cœur et s’enfler ses poumons, à la recherche du carburant cérébral. 

Cogul comprend qu’il ne pourra répondre à toutes les questions, du-t-il rester pendu là des centaines d’années. Il y en a trop. Il faut les prendre une à une et suivre la route sur laquelle elles conduisent. Son esprit devient le tyran anarchique qui l’emmène visiter une gigantesque toile d’araignée où le passé, le présent et le futur, inconnu, se mêlent. Le temps n’existe plus. Parfois, il s’endort et les fragments de rêve viennent se mêler aux fragments de vérité, veille et sommeil sont pareils, métaphoriques, chaque expérience prend un aspect symbolique et fascinant. 

La fascination est le premier rempart contre la peur, elle donne le courage de regarder en soi, hors de soi. Du bout des doigts il touche la peau de l’arbre contre sa peau, leurs limites, leurs zones communes, prenant conscience de la réalité finie de son corps. Sa peau est une fine et étrange carapace souple. « Qui es-tu ? » Je suis cette carapace et tout ce qui est dedans, mais aussi cette pensée qui s’envole et que d’autres bras de pensée essayent de retenir, de faire rouler dans leurs doigts, de goûter. 

Tels les nuages de fumée bleutée au dessus d’un feu, qui partent vers les étoiles, en s’enroulant les unes sur les autres les pensées de Cogul prennent de la consistance puis s’effilochent et disparaissent. « Où vont les pensées quand elles ne sont plus là ? » Peut-être autour de soi quand on est heureux et que les autres sont heureux de nous voir joyeux, peut-être au creux d’une ride qui plisse le front longtemps après qu’on ait été inquiet, dans les caresses, la chair de poule, dans la peau qui parle et s’électrise au contact. 

Les pensées ont des milliers de destinations, parfois, elles ne s’en vont pas, elles s’incrustent et forment des sortes de concrétions qui éclosent comme une fleur au printemps.

  

 

 

 

par Fany publié dans : volutes
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Lundi 5 juin 2006

Petit cadeau du Dictionnaire :

Impossible : voir Possible

sur la route d'Impossible à Possible

Pénis... Pied... Porte... Poser... Possèder... Prédire... Pour soi

 

par Fany publié dans : ellipsophile
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Jeudi 1 juin 2006

 

Les chaises ont l’habitude un peu curieuse de garder la position de leur dernier occupant.

Une chaise de jardin, sous un arbre, le long d’une voie ferrée de campagne, regarde passer les trains. Sorte de vache en plastique moussue.

Deux fauteuils de jardin en haut d’un talus, le long d’une nationale, assis cote à cote, pour accueillir par temps doux, un grand-père et son petit fils et regarder les voitures.

Les plus admirables sont les chaises des parcs publics.

Par petits groupes, isolées, face à face pour accueillir pieds et fesses, ou impudiquement tournées l’une vers l’autre en une conversation secrète.

Choisir sa chaise dans un jardin est une chose étrange.
Il s’agit de trouver la chaise dont l’atmosphère correspond à la méditation.

Se glissant dans la peau de la conversation intime, le lecteur solitaire pose son livre sur la chaise voisine et en fait alors un compagnon de rêverie.

Au restaurant, les chaises polies dominent le gourmand et lui indiquent les règles de savoir vivre. Comment s’asseoir les uns en face des autres.

Au théâtre, les chaises sont prisonnières, vissées au sol, comme pour obliger le spectateur à un calme respectueux.

Dans les trains certaines chaises avancent à l’envers, tandis que d’autres suivent le fil du temps qui passe.

Ah, l’humeur des chaises… 

 

 

par Fany publié dans : volutes
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Dimanche 28 mai 2006

Un jour, tu m'as demandé si les anges pouvaient s'incarner sur terre pour prendre soin de ceux qu'ils aiment... Je ne sais pas Maman, mais je vais faire comme si.  Je t'aime.

par Fany publié dans : spiral2plume
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Dimanche 28 mai 2006

Pourquoi dit-on "Les Mémoires", "Mes Mémoires", quand on écrit La sienne ?

"La mémoire est mon pays" trottait dans ma tête pendant le bain, mèlé aux interrogations sur l'effet produit sur l'entendement par une mère plus petite que soi.

La mémoire est un pays à la fois unique, où je suis décoratrice, mon palais... et pourtant, il existe des zones communes, comme dans le langage.

J'ai compris récemment combien l'oubli participe à la mémoire... il la forge.
Ceux qui ont des problèmes de mémoire ont surtout des maladies de l'Oubli.
Problèmes de règlage ?

Certains autistes se souviennent de tout parce qu'ils n'ont pas de mémoire émotive et peuvent ainsi stocker plus d'infos puisque celles-ci ne sont pas sélectionnées par l'oubli des émotions... Un collectionneur de préciosités, de curiosités.
Les malades d'Alzheïmer (Aloïs Alzheïmer, un si joli prénom...) se souviennent avec précision de leur enfance, de leur mariage, de leurs anciennes amours et ne reconnaissent pas l'être aimé quand il se tient devant eux.
Ce brouillage de l'oubli du présent est étrange et m'effraie, oh combien...

Savoir que tout est enregistré, est à la fois rassurant et vertigineux. Imaginer que certaines portes sont scellées à la conscience, aussi !

Et moi qui passe ma vie à dresser sa carte. La mémoire est le signe de la linéarité de ma vie dans le temps, le fil qui me tient suspendue sur mon propre futur, vers lequel je descend en rappel.
La pelote déroulée dans le labyrinthe...

Des mois de tricot pour de telles questions...
Combien de km de fil ai-je déroulé ces derniers mois ? Que vais-je trouver au bout ? Encore un autre moi ? Mon futur ?
La suite...

par Fany publié dans : ellipsophile
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Dimanche 28 mai 2006

Avec les fleuves et les rivières, l'âge est un lieu, un point du cours, cartographiable...
Pourtant, l'eau ne cesse de couler..., chaque goutte nait et vit, parcourrant le lit...
Elle ne nait pas du néant, mais de "re-cyclage" de la matière.
Elle est un véhicule.

 

par Fany publié dans : ellipsophile
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Vendredi 26 mai 2006

Des retrouvailles et des rencontres...
La vie qui glisse vers d'autres horizons, sans perdre son cap.
L'image d'une île, par delà le temps.
Ma vie reprends son cours
Merci Ma Dame pour cette éclaircie dans le brouillard du temps qui passait.
Le temps est plus clair par ici.
Je peux sècher mes ailes, les déplier plus à l'aise.
Promesses d'envol.

 

par Fany publié dans : ellipsophile
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Vendredi 26 mai 2006

L’eau qui a rincé la peau

A aussi fait glisser

Les pensées le long du corps.

Descendre la colonne vertébrale

Comme une échelle,

Et se lover  

Dans le nénuphar pourpre

Qui pousse en moi.

par Fany publié dans : volutes
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