Pertinent des Choses est amoureux. Pas amoureux de quelqu’un, mais amoureux de l’amour.
Quand Pertinent des Choses commence à aimer, son amour ressemble à une grande plaine où se concentrerait le calme avant la tempête. De l’électricité dans l’air, un vent nerveux qui glisse à la surface de l’herbe et la transforme en une mer ondulante.
Alors il y a la passion, la passion de l’amour. La passion, c’est comme de jeter un oiseau dans la mer. Ce n’est pas la place de l’oiseau, l’oiseau est fait pour voler, voler au-dessus de la mer qui lui donne des poissons pour son déjeuner. Mais plonger un oiseau dans la mer est une chose possible. Cela arrive parfois, comme un accident.
Après la plongée, une pause, une absence de sens, comme si le temps avait arrêté de filer sa bobine. Un état de suspension.
Sur le sable calme du fond de la mer, Pertinent et l’oiseau se promènent, saluant les poulpes et autres anémones, leur parlant du beau temps qu’il ferait dans leurs rêves, des tempêtes qui éclatent parfois et échouent les navires, de la musique qui parle au cœur… Assis sur un banc de coraux, ils imaginent qu’à un certain moment le temps aura changé, ouvrant une éclaircie entre les nuages, que le ciel aura fini de tonner au-dessus des têtes, qu’il y aura d’autres îles et d’autres pirates.
Dans ce naufrage en mer, parfois l’oiseau se noie, la plupart du temps il remonte à la surface, s’ébroue, sèche ses ailes et s’envole à nouveau.
Pertinent a compris que la plongée dans l’océan est une étape, que la passion dépassée, sublimée mène à l’amour-fusion, comme on touche une île. Plus de pulsions, mais une énergie rayonnante qui émane, entoure, douce, chaude, veloutée, caressante.
Pertinent des Choses appelle cela l’Equilibre, les bonnes sœurs l’Extase divine, d’autres la Paix.
Alors, Pertinent est heureux. Il sait qu’il touche à la plus pure partie de l’amour. Le chemin de l’amour l’a emmené au centre de lui-même, au centre de l’autre, au centre de Tout. Ce qui étonne toujours Pertinent c’est la Lumière. Elle est si vive qu’elle devrait brûler, piquer, aveugler les yeux mais ce n’est pas le cas. Ici, il n’y a pas de douleur, juste la plénitude du Tout-Rien.
Pertinent des Choses se demande alors pourquoi il a fallu faire naufrage, se noyer, vaincre, dompter, apprivoiser les démons de la passion pour venir ici. Passer sous la surface des choses est parfois difficile, il faut se plier, se restreindre, étouffer, pour qu’éclose la beauté du papillon.
Quand Pertinent est au centre de l’amour, il pense à ceux qu’il aime, que son âme aime, et alors il sent… il a l’impression que son âme est connectée à l’âme à laquelle il pense et qu’une sorte d’échange se fait par de douces caresses. Pertinent ne fait pas l’amour comme disent les corps, mais il ressent l’amour comme ces vagues de langueur qui envahissent quand on fait vraiment l’amour.
Vient toujours un moment, où l’équilibre se transforme en torpeur, comme les nuages de rêves qui s’étirent au seuil du réveil. Pertinent comprend qu’il a aussi besoin d’échanger de l’amour pour mieux comprendre l’amour, qu’on s’enrichit en enrichissant l’autre, qu’il a besoin de ça. L’amour est la vie.
Et Pertinent des Choses revient à la vie, reconnecte son âme à son corps d’oiseau, juste pour donner cet amour, par le biais le plus simple, le plus abandonné…dans la peau de l’autre. Alors Pertinent est libre, ouvert à l’amour.
On est toujours amoureux de l’amour, et s’il a mille visages, c’est parce qu’il rentre dans les gens et les choses et les transforme en phares, en veilleuses, en lanternes, en diamants, pour que jamais ils ne se perdent en chemin.

Vos boucles