Mercredi 17 janvier 2007

Cet hiver là, les mots d'amour s'ennuyaient. Ils décidèrent alors de se trouver deux âmes en caisse de résonnance, en fabrique aussi.
Car les mots ont besoin de nous pour exister, pour les habiter, et puis pour les lancer dans le monde, sinon ils se perdent, s'évanouissent et disparaissent.

Comme les mots prenaient leur jeu très au sérieux, ils décidèrent que tout ceci serait écrit. Quoi de plus simple en somme que de se glisser sous le langage des nombres électroniques, 0, 1, comme une couverture de dentelle fine sous laquelle leurs ébats auraient plus de charme.

Précieux, précis et impérieux, les mots firent l'amour, se caressèrent, s'étreignirent, entraînant avec eux les corps parlants. Petits mots et gros mots étaient de la partie, s'entrechoquant parfois, se plaisant au contraste. Jouant de leur sens sans jamais hésiter à dévoyer leur propre code, à le plier pour observer l'élégance des figures. Leur fragilité aussi parfois. Ils se fascinaient eux-même dans le miroir de leur sens.
Les mots sont un peu narcissiques.

Les mots se donnent et se répondent. La peau des deux âmes, comme celle d'un tambour, vibrait, sonnait, répercutait l'écho des mots.
Cacophonie harmonique, liturgie amoureuse, carillon gémissant, les mots se glissaient partout.
Les mots s'amusaient tant à ce concert qu'ils n'hésitèrent pas à faire pousser de nouvelles branches à cette racine d'histoire, s'écoutant écouter, se disant dire, s'aimant aimer.
Béates et soumises, les deux âmes se pliaient à leurs voeux, en partenaires délicats et discrets.

Peut-être s'aimaient-elles, mais c'étaient les mots qui les emmenaient vraiment, par tout. Tout devenait mot, rien n'était plus indicible, chaque frémissement, l'ombre d'un désir au creux d'un ventre, même gémir de plaisir devenait mot. Le corps devenait mot.
Pour un temps, les mots restèrent secrets, confidentiels. Mais les mots sont voraces, ils mangent le monde, dévorent des milliers de pages, se sont immiscés dans nos pensées jusqu'à en devenir la substance... depuis si longtemps que nous avons oublié leur absence.
Plus, ils en veulent toujours plus.... ils se sont inventé des langages pour se multiplier et nous emmener plus loin.

Cet hiver là, les mots firent la fête, furent heureux. Leurs ébats ne cessent de s'inscrire, de s'offrir, caressant leurs propres caresses. Quelqu'un se souviendra longtemps du jeu des mots contre la peau de leurs âmes.

par Fany publié dans : volutes
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