L’année scolaire se termine, et une fois encore la fatigue se mêle à une certaine nostalgie.
Pour tout ce que vous m’avez appris, je vous remercie.
Pour tout ce que j’ai appris, réappris, compris ou découvert pour pouvoir en parler avec vous, pour tout ce que vous m’avez demandé, je vous remercie.
Pour m’avoir laissé vous inventer des histoires, vous raconter la vie des humains qui se cachaient derrière vos textes polycopiés, dans les pages de vos livres, vous faire sentir leurs pensées, pour avoir accepté de partager ce plaisir avec moi, je vous remercie.
Il semble que pour trouver du plaisir dans l’étude de sa propre langue, de son propre code, il faille d’abord que l’enseignant y trouve lui-même beaucoup de plaisir.
Alors, merci de m’avoir écoutée métaphoriser toutes mes explications :
- quand les verbes sont des costumes d’actions inanimées pendues aux cintres du placard dictionnaire et que les sujets des phrases les enfilent tels des costumes de super héros,
- quand votre commentaire composé est un rencard dans un bar avec un type inconnu et que 3 possibilités s’offrent à vous : ne pas lui adresser une parole parce qu’il a une tête bizarre, lui poser mécaniquement les questions du sondage sur « ce qui peut bien pousser un type à écrire d’une manière aussi particulière », ou lui accorder quelques heures de sincère curiosité et de discussion, en présupposant que toute rencontre est une aventure
- quand les compléments du nom sont les ingrédients d’une recette de potion magique, que Grenouille est complément du nom Œil, que Salsepareille est complément du nom Pincée…
Vous m’avez écoutée, avez souvent fini par glousser de mes explications à dormir debout et ces rires ont été ma récompense, car après tout, je n’ai fait que vous aider à ranger la chambre de vos connaissances. Tout était là, vous aviez surtout besoin de Marry Poppins.
J’ai chaque fois été très touchée que vous me laissiez voir vos capharnaüm grammaticaux et orthographiques, que vous me demandiez pourquoi les pots de fleur ont des trous au fond, même que vous me fassiez lever tôt.
« Madame », certains d’entre vous m’appellent Madame. Comme ça me semblait étrange, moi qui avait si longtemps refusé de traverser le miroir. Je suis devenue adulte en le lisant dans vos yeux. Merci de m’avoir permis de comprendre que ce n’est pas si grave que ça et qu’on se marre toujours autant de l’autre côté !!!
Enseigner, c’est avant tout être une lanterne, que ce soit pour vous montrer l’outil, le chemin ou ce qui est déjà en vous et que vous croyiez perdu. Vivre c’est tracer sa propre carte et puisqu’un homme très sage a dit que tout chemin commence sous le premier pas, je vous souhaite bonne route, et un très bel été
Vos boucles