Apparition
Un soir, debout face à face sur un trottoir, lecture d’un plan de métro, à propos de deux lignes :
- « Ils ne se touchent jamais ? »
Double lecture instantanée de l’univers sémantique, pensées réfractées sur les miroirs de nos âmes.
- « Non, ils ne se touchent jamais. »
Les sens parallèles, les tracés sur la carte, le désespoir, la fatalité contenus, le constat, le fait, font apparaître une ébauche de concept, une bribe de définition, un fil dans la grande pelote.
Deux vies sont dites parallèles quand la distance qui les sépare, aussi infime soit-elle, ne peut être réduite à néant, en quelque point du temps que l’on puisse imaginer.
Précisions
Qu’en est-il de l’équilibre à deux et de la croisée des chemins ?
Si un équilibre à deux est possible, c’est que tout se passe dans l’espace laissé vacant et régulier, homogène, entre les vies. L’absence d’interférences favorise la fluidité des rapports. Il semble exister une tension d’équilibre entre les processus d’attraction, répulsion ; et de cette tension naît la vie, l’amour, l’être.
Cet espace dessine une carte, un itinéraire. Parfois cependant, on arrive à la croisée des chemins, les chemins se séparent. Pour cela, il faut absolument qu’il y ai eu, à un moment donné, un chemin commun.
Rencontres, amis et redéfinition
La vie nous amène parfois à rencontrer des êtres parallèles. Pour qu’ils deviennent nos amis, pour qu’ils soient amis entre eux (existerait-il des faisceaux d’amis ?), il faut que la durée vienne confirmer le parallélisme. Car, comment constater un parallélisme sinon dans la vérification toujours renouvelée de sa définition ?
L’espace non commun est une zone neutre, une terre de liberté, où peut se jouer la pièce de l’expérience partagée, mais chacun rentre le soir dans sa durée linéaire, personnelle et autonome. Eternelle reconquête et réaffirmation de son autonomie. Un complexe d’anti-sevrage mis en commun dans une parodie de consensus libertaire.
L’Interdiction de contact entre amis est en fait un Impossible labellisé par la loi géométrique de l’ordre des choses.
En couchant avec mes amis, je crée donc des paradoxes géométriques.
L’amour ?
La passion, ou le mal sain
Elle est l’amplification de l’attraction-répulsion, dans une alternance de phases. Processus guerrier où chacun se refuse à modifier la figure native, tout en tentant d’amalgamer l’autre. Désir irraisonné de fusion, l’amour est la fascinante illusion de réduction à néant de l’altérité. Je est un autre. Le paradis perdu de la matrice maternelle. Redécouverte d’impressions de la naissance, prospection morbide vers un futur mortel et immobilisme absolutiste.
J’ai rencontré mon autre. Ça n’est pas donné à tout le monde.
L’illusion s’est brisée en milliers de fragments réfractant mon unique image. Imposition de l’être sur l’être, vers un nouvel équilibre.
Le couple ou le sein des saints
L’amour du couple marche sur le même chemin. Ce qui diffère de l’amitié n’est pas le lieu parcouru mais l’acte lui-même : la marche.
Tout pas doit être précédé d’une intension de pas. Plus ou moins consciente, toute intension est une projection dans le temps. Etre un couple, c’est projeter ensemble le prochain pas : marcher du même pas.
Mes amours paradoxales
En amitié, pas de projection temporelle. L’amitié est un système métastable.
Je ne crois pas à la stabilité. J’en explore les couches inférieures, à la recherche des indices des futurs remous, qui germent dans le terreau du présent passéïfié.
La vie est un phénomène dynamique, un paradoxe dont jaillit l’Etre porté par le temps. Le parallélisme est une théorie, une loi, et toute loi est conçue pour être intelligible. Image morte de la vie, elle est un renversement ontologique du paradoxe vital. Se pourrait-il que la mort soit aussi ce temps d’intelligibilité de la vie, ce temps où le temps n’existe plus ?
Je débusque les tendances secrètes des parallélismes à se déstabiliser.
En quête des micro aspérités, j’explore les sous-systèmes du réseau à la recherche d’embryons d’attracteurs, fouillant l’espace-temps pour y découvrir les possibles d’attracteurs non encore réifiés. La métonymie de l’être est un échantillon fractal qui ne produit pas d’énergie. Seule la valence des rencontres concentre et émet sa lumière pour éclairer le monde.
J’explore le parallélisme des univers, au service de la lumière.
La lumière est amour.
Vos boucles