Mercredi 14 février 2007

Un jour, j’ai rencontré un homme. Téléportés dans un quartier perdu d’un labyrinthe tentaculaire et restreint. Labyrinthe de nulle part, au centre de nulle part, dans le nul temps. Ce dernier s’égrenait curieusement : les jours étaient des nuits, les nuits des jours de veille. Jours obscurs abreuvés des rêves d’inconnus, nuits de  veille, dans une lumière de bruit, partageant les bribes, égrainant des souvenirs et déversant nos vies, itinéraires en arabesques sur la table…

Une gare… Une immense gare, sa salle des pas perdus, dortoir agité de l’escale partagée. Passants agressifs agressés, bagages et guide des lieux. J’ai perdu le plan… il reste le souvenir. La mémoire est un lieu, sa carte dessine. Elle conte.

Un jour, j’ai rencontré un homme, dans une immense impasse, une gare de nulle part. Le sommeil nous a avalé, un train a du passer… comme le temps.

 

par Fany publié dans : volutes
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Mercredi 17 janvier 2007

Cet hiver là, les mots d'amour s'ennuyaient. Ils décidèrent alors de se trouver deux âmes en caisse de résonnance, en fabrique aussi.
Car les mots ont besoin de nous pour exister, pour les habiter, et puis pour les lancer dans le monde, sinon ils se perdent, s'évanouissent et disparaissent.

Comme les mots prenaient leur jeu très au sérieux, ils décidèrent que tout ceci serait écrit. Quoi de plus simple en somme que de se glisser sous le langage des nombres électroniques, 0, 1, comme une couverture de dentelle fine sous laquelle leurs ébats auraient plus de charme.

Précieux, précis et impérieux, les mots firent l'amour, se caressèrent, s'étreignirent, entraînant avec eux les corps parlants. Petits mots et gros mots étaient de la partie, s'entrechoquant parfois, se plaisant au contraste. Jouant de leur sens sans jamais hésiter à dévoyer leur propre code, à le plier pour observer l'élégance des figures. Leur fragilité aussi parfois. Ils se fascinaient eux-même dans le miroir de leur sens.
Les mots sont un peu narcissiques.

Les mots se donnent et se répondent. La peau des deux âmes, comme celle d'un tambour, vibrait, sonnait, répercutait l'écho des mots.
Cacophonie harmonique, liturgie amoureuse, carillon gémissant, les mots se glissaient partout.
Les mots s'amusaient tant à ce concert qu'ils n'hésitèrent pas à faire pousser de nouvelles branches à cette racine d'histoire, s'écoutant écouter, se disant dire, s'aimant aimer.
Béates et soumises, les deux âmes se pliaient à leurs voeux, en partenaires délicats et discrets.

Peut-être s'aimaient-elles, mais c'étaient les mots qui les emmenaient vraiment, par tout. Tout devenait mot, rien n'était plus indicible, chaque frémissement, l'ombre d'un désir au creux d'un ventre, même gémir de plaisir devenait mot. Le corps devenait mot.
Pour un temps, les mots restèrent secrets, confidentiels. Mais les mots sont voraces, ils mangent le monde, dévorent des milliers de pages, se sont immiscés dans nos pensées jusqu'à en devenir la substance... depuis si longtemps que nous avons oublié leur absence.
Plus, ils en veulent toujours plus.... ils se sont inventé des langages pour se multiplier et nous emmener plus loin.

Cet hiver là, les mots firent la fête, furent heureux. Leurs ébats ne cessent de s'inscrire, de s'offrir, caressant leurs propres caresses. Quelqu'un se souviendra longtemps du jeu des mots contre la peau de leurs âmes.

par Fany publié dans : volutes
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Dimanche 26 novembre 2006

Jean Vironne et Al Lentour sont deux copains d'enfance, car ils ont grandi ensemble aux Environs-du-Quartier.
Les pères des deux amis ont pourtant des métiers que rien ne rapproche. Le père de Jean Vironne, Monsieur Virone est Aboyeur public. Il passe des virons à tous les imprécis, indécis et insoumis du carrefour de Pousse-Toi-D'là-Si-Tu-L'ose. Alors que Monsieur Lentour est cajoleur honoraire de la Chambre des Poules du Roi d'L'Alcazar.
Malgré la différence des métiers qui les occupent, M. Vironne et M. Lentour sont assez amis. Ils sont même partenaires au tournoi annuel de Tapette à soufflet.

A suivre...

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Jeudi 26 octobre 2006

La brindille fichée au fond du coeur
Qui se nourrissait
De l'humus de mes pensées oubliées
A pris vie.

Jeune pousse
Métamorphosée par les printemps successifs
En une fleur à la large corolle
Pourpre à l'atmosphère
Chaleureuse et protectrice
Rebutante
Pour qui n'ose s'y pencher.

Vasque qui berce mes émois
Et boit mes larmes
Ta peau est douce
Légère
Tes bras comme des foulards
Derrière lesquels je me blottis
Lovée pour dormir à ton abri.

Drôle de curieuse jolie fleur
Un trésor
Mon trésor.

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Samedi 30 septembre 2006

Il y a des amours Feu qui illuminent l'âme jusqu'au fond des ruelles d'ombre.
Aveuglantes et brûlantes.
Toujours on y laisse des plumes, arrachées pour mieux voir la peau nue, purifiée, de l'ange.

Il y a des amours Eau qui, tumultueuses ou calmes, suivent leur chemin de vie.
Chaque pas suit l'autre, en une logique mécanique de déplacement lié.

Il y a des amours Terre qui construisent et bâtissent des familles, des maisons, des empires.

Il y a des amours Air qui poussent au gré du vent, promenant la graine de leur idée d'Amour.
Amours d'espace et de temps, dans la spirale de sable du désert.

par Fany publié dans : volutes
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Mardi 19 septembre 2006

L’homme qui faisait des tours de magie et la petite fille curieuse  studieuse :
·        « Eh, regarde ça ! »
·        « Oh ! Qu’est-ce que c’est ? »
·        « tu aimerais bien le savoir, n’est-ce pas ?... C’est un peu de ceci, un peu de cela …et un peu de … Hey ! Regarde ça ! »

Et l’homme qui faisait des tours de magie détournait l’attention de la petite fille curieuse de tout sur une nouvelle curiosité.
On aurait dit qu’il éclairait toute chose anodine sous des dizaines d’angles en même temps. Très vite, la petite fille studieuse compris que la magie résidait en un effet d’optique. Il fallait apprendre à voir sous tous les angles.
Les choses sont enfermées dans les formes. Il fallait aller dedans et autour en même temps pour sentir la chose.

Pour rire ou par curiosité… car l’homme qui faisait des tours de magie était un peu curieux aussi… surtout à cause de la vorace curiosité de la petite fille qui ne cessait de poser des questions… 
« D’autres questions ? » disait-il. « Toujours ! » s’entendait-il répondre, ou « Oui, mais pourquoi ? ». 
Et il n’expliquait jamais rien. Sauf parfois, une phrase toute simple et très étrange à l’oreille, qui vous entrait dans le cœur comme un poignard.

Donc, pour rire ou par curiosité, l’homme qui faisait des tours de magie essayait de plus en plus de tours devant elle. 
Des très rapides, si rapides qu’une seconde d’inattention et elle ne se serait même pas rendue compte qu’il la testait. Il fallait rester vigilante. 
Des tours en cascade, en rafale, en tourbillon. Il aimait varier les intensités et les thèmes, mais ce qui restait étonnant, c’est qu’il utilisait finalement un matériel assez simple. N’importe quel adulte avait ce genre d’outil à sa disposition. C’était donc l’usage qu’il en faisait qui était magique, se disait la petite fille, dont le désir de tout comprendre ne semblait pas connaître de limites.

Tout en cherchant les limites de la fillette, l’homme aux multiples tours commença à disparaître régulièrement, ce qui donna à la petite fille, plus de temps pour comprendre. 
Mais qu’y avait il à comprendre, était une question à laquelle elle ne parvenait pas à donner de réponse. C’était une question sans limite, comme une porte ouverte sur le vide. 
De temps en temps, l’homme revenait, pour voir si elle cherchait toujours, si elle réussissait encore à apprendre de sa curiosité. Il l’observait faire des nœuds. 
Des nœuds tels que : ne rien savoir est égal à tout savoir, étirée entre les deux bouts de l’infini qui n’a pas de bout ni commencement, et si ce n’est pas un lieu, où suis-je ? Et lui qui n’est pas là mais dont les tours m’occupent tant, est-il encore quelque part ou vit-il en moi quand je pense à lui ? Alors, serait-il possible que nous nous multipliions autant de fois que quelqu’un de nouveau pense à nous ? L’énergie, la vie, pourrait-elle être le résultat de cette multiplication ?

 Pour la détendre un peu, l’homme lui faisait un tour. Comme pour dire : « Tout faux ! Tout cela n’est que du vent, de la magie, un tour de passe-passe ! ». « D’accord, mais fais-moi un autre tour. Encore… C’est si beau… ! »   

Enfin, un jour, après une longue absence, il revint voir la petite fille curieuse, se pencha à son oreille et lui dit simplement : « Souviens toi ».  

 Puis il disparut tout à fait.

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Dimanche 27 août 2006

Un jour, on mit en vente aux enchères la chose la plus étonnante qui soit : un bocal de larmes


Une étrange vieille femme, qui venait de mourir, avait laissé pour consigne à son notaire de mettre en vente au plus offrant, le souvenir matériel de ses plus grandes émotions.

Toute une vie de larmes, ça ne faisait pas grand chose.

Un petit flacon empli d’un concentré de souffrances, de questions, quelques gouttes de joie pour sûr, pour donner à ce curieux élixir une plus suave beauté.


Un garçon, jeune homme, à belle allure, vint à passer devant l’affiche de la vente. Par curiosité, il rentra et se laissa guider par les chemins curieux des pensées de l'étrangère.

Charmé, sans comprendre comment, par cette idée, il acheta la fiole, la glissa dans sa poche et se promena quelques temps par les rues.

Son regard était différent, plus sage, plus profond aussi.

Peut-être à cause des larmes de quelqu’un d’autre, qu’il caressait légèrement à travers la paroi de verre.

Peut-être à cause de sa rêverie.

Peut-être sans raison, à cause de la lumière ce jour-là.

Peut-être comme ça.

Pour rien.

 

 

 

par Fany publié dans : volutes
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Samedi 5 août 2006

Au bout de la patience
Comme un voyage trop long
Le temps est un lézard
Qui s’amuse avec moi


Sur le quai, sur le socle
Au pied d’un arbre
Ou perché sur ses branches
Toujours le regard qui se porte au loin


Chaussures d’Alice qui se balancent dans le vide
Enfant esseulée n’en finit plus de grandir
Oscille, perd son axe
Seules les fenêtres bleues
Et les commissures  
Expriment


Proie ridicule
Dans son labyrinthe
Chercher le rien
Et s’y perdre
Asphyxie
Ce n’est pas ici 


Donner, perdre
Les faces du Dé
Le même objet  
Plouf, comme une larme en mer
Fondue.

    

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Samedi 8 juillet 2006

Un jour, le cheval entama la discussion pour intéresser le rat et sitôt se mit à courir.

Technique de colporteur !

Le rat, surpris, tendit la patte pour attraper la queue du cheval qui partait au galop, s’étant dressé sur sa chaise et hurlant : « qui m’aime me suive !!! »

A l’instant où le rat allait saisir les derniers crins de la queue de l’équidé, son bras s’amollit et retomba.

Pourquoi me direz-vous, son intérêt curieux pour l’histoire du cheval, ne l’entraîna-t-il pas dans sa course folle ?

Et bien, je vous dirais le rat très sélectif. Minutieux devrais-je même préciser, car c’est avec parcimonie que ce sage animal trie ses amis et tout ce qui s’en suit.

Voici le raisonnement du rat : quand le cheval s’est enfui, sans même finir sa phrase, il ne s’est pas senti partagé entre le regret de quitter la vive conversation du rat et l’envie de se dégourdir un peu les membres. Il s’est levé et est parti, lancé dans la fiévreuse agitation de son énergie et le bouillonnement de ses émotions.

Le rat surpris, se dit : « Mais dis donc, mon gaillard, il n’est pas très poli d’abandonner ainsi ses amis, au beau milieu d’une conversation. Je n’aime pas être traité avec un tel dédain. Je suis très susceptible et je n’aime pas courir, sauf dans l’urgence, où je suis convaincu de courir plus vite que toi. 

Alors, mon bel ami, viendra bien un moment où ta course cessera et tu te rendras alors compte que je ne suis pas là. Il te faudra bien choisir entre te dire « tiens, ce drôle de personnage, sympathique et nerveux, a du s’arrêter en route. Peu m’importe, je suis ce chemin, il promet d’autres rencontres » ou bien tourner tes pensées vers moi, revenir poliment mettre une fin agréable à cette conversation. »

Bien sûr, le rat pourra avoir changé d’humeur, mais ce sera dans les règles de la bienséance.

C’est très important pour le rat : l’ordre.

Sinon, on ne retrouve plus rien !


Quand le cheval aura choisi de revenir ou pas, le rat saura si le cheval est son ami. Cela peut être long mais le rat est patient.

   

par Fany publié dans : volutes
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Jeudi 6 juillet 2006

La ville est dans l'homme comme l'arbre vole dans l'oiseau qui le quitte

Hiroshima mon amour. "L'érotisme est tenu en échec par l'amour".
Quelque chose résonne, sonne juste, pourrait expliquer.... Cela pourrait-il expliquer ?

Le goût d'un amour impossible... Vois comme je t'oublie.
Alors il y a ça aussi : cette subtile importance du toujours ? Cette infinité à nuancer... Ce don jamais pris, toujours en suspens. Cette sentence : "un jour tu me detesteras" ... "toujours je t'aimerai"
Toujours, oui, mais pas toujours, pas toi seul. Tu me tues, tu me fais du bien. Mourir d'amour ou d'oubli. D'ailleurs on meurt pour oublier...Ne pas faire souffrir le présent en tirant sur la chaîne du passé !

Une eau nait dans une source, il lui faut chosir de s'installer dans ce bassin et d'y former un lac ou de suivre la dénivellation, le courant. Espace et temps du courant. Chaotique des fluides. Deux rivières de même source se rencontrent et s'alimentent en un même fleuve plus large, plus lourd, plus épanoui.

Préparer le filtre de la beauté, choisir les effluves, les gouttes de vérité, pour nuancer la couleur, lui donner plus d'ampleur. Créer du possible. Se rejoindre du même côté du miroir ? Est-ce possible ? Allons voir... Folie et absolu ont la même essence... animalité de la raison.

Douceur tropicale du Luxembourg en fin d'été.
Que j'aime cet endroit ! Vais aller saluer mes statues amies. Faites qu'elles soient encore belles...

Reste ici des effluves de vacances, de ces moments si doux de plaisir nonchalant. Il y a vraiment fort longtemps que je n'ai pas éprouvé cette langueur à paris. Quelque chose de sirupeux. Pas d'agressions indisciplinées des souvenirs. Une étrangeté des lieux familiers que je retrouve avec des yeux, une âme nouvelle. Pas de mélancolie.

Il y a des années, j'ai dit au revoir, demandé pardon à la ville, me suis demandé pardon de lui laisser les rêves que mon passé avait forgés et dont je m'étais détournée. Constater que ce deuil est fini est un grand soulagement.

Nouvelle expérimentation communicante : le sms.
Apparement, c'est un médium local, je m'adapte à cette abhération. Un truc de fainéant. Mais bon, voilà, aujourd'hui, je veux bien en jouer, pour voir, pour tenter l'expérience. Les gens sont incroyables ici, j'avais oublié !
...tranquile solitude dans la foule...


Le ravissement de Lol V Stein.
Cette femme sait raconter les histoire, sait raconter le présent de l'état de choc, sait dire ce que je n'ai pas éprouvé et auquel pourtant j'assistais de l'intérieur. Ce ralentissement de la vie qui semble en enregistrer toute l'horreur.

La ville et moi passons par l'excès. Excès de tensions. Cramponnée aux mots comme s'ils étaient la preuve de ma cohérence. Le vent qui pousse les nuages me lave la tête.
Mes yeux ne se posent que sur les vides entre les choses.
C'est un peu de la folie de vivre ici, la mienne est de n'en être plus capable.

10 septembre 2005, sortie et lecture de Brooklin Follies
 au jardin du Luxembourg

par Fany publié dans : volutes
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